Projet BILIV

BIosurveillance LIchénique et Vulnérabilité territoriale

 

Contexte scientifique et enjeux


Les facteurs de risques environnementaux donnent lieu à un considérable impact sur la santé des populations (Miguel et al., 2020). Ces risques concernent la présence et/ou l’apport d’agents polluants (métaux, pesticides, composés organiques volatils, polluants organiques persistants, gaz à effet de serre, etc) dans les différents compartiments terrestres, entraînant une réduction de la qualité environnementale. Le constat inhérent montre que les populations exposées ne sont pas égales face à ces risques, contribuant à l’observation encore de nos jours d’inégalités spatiales de santé en Europe (Schüle et al., 2019). Malgré l’amélioration de l’accès aux soins, des populations socialement défavorisées, avec un faible salaire et appartenant à une minorité ethnique, sont soumises à des niveaux disproportionnellement élevés de polluants (Crosemarie, 2015).

En France, l’évaluation et la gestion des inégalités environnementales et sociales de santé (IESS) sont des problématiques mises en lumière par les différents Plans Nationaux Santé Environnement (PNSE). Dans ce cadre, le laboratoire LGCgE-SVF (axe de recherche SIGLES) a inscrit son programme de recherche CISTERRES (Cartographie d’Indices de vulnérabilité et d’adaptabilité au service des TERRitoires en Environnement et Santé – 2017-2019) dans cette thématique. L’étude adopte une approche originale et transdisciplinaire de la santé environnementale grâce à l’analyse spatialisée et concomitante de données environnementales, sanitaires et socioéconomiques, via le développement de deux indices composites spatialisés : un indice de vulnérabilité et un indice de résilience (Brousmiche et al., 2020a, 2020b). Elle a en parallèle révélé une faible caractérisation de la pollution environnementale et de son caractère composite.

Sur ce constat, il apparaît alors nécessaire de caractériser de manière plus complète l’environnement pour mieux appréhender les inégalités de santé. Ainsi, afin d’enrichir l’approche vulnérabilité/résilience, l’enjeu du projet BILIV depuis 2019, avec le soutien de l’ARS Hauts-de-France dans le cadre de l’action 27 du PRSE 3, est d’optimiser la caractérisation des IESS avec une approche plus réaliste des déterminants environnementaux des territoires.

 

Objectifs du projet


Afin de caractériser de manière globale la pollution environnementale et de prendre en compte son caractère composite, deux objectifs principaux ont été considérés :

  • Contribuer à l’optimisation de la caractérisation du cumul de polluants dans l’air, l’eau et le sol à très fine échelle. Les principaux verrous méthodologiques à lever sont la disponibilité et l’accessibilité des données à fine échelle et l’intégration dans un indice spatialisé de données quantitatives et qualitatives. L’hypothèse testée est la suivante : les territoires les plus vulnérables sont plus contaminés que les territoires les moins vulnérables.
  • Identifier des zones dans lesquelles des diagnostics sanitaires spécifiques seraient à envisager (montage de cohortes, évaluation d’impacts sur la santé). Le principal verrou méthodologique à lever concerne l’agrégation des variables, qui doit être effectuée en limitant la déformation de l’information. L’hypothèse testée est la suivante : l’intégration de nouvelles données environnementales dans l’indice de vulnérabilité augmente sa pertinence au regard de problématiques de santé-environnement locales.

 

La méthodologie


Pour ce faire, le projet s’appuie sur une approche mixte associant (i) la biosurveillance lichénique et (ii) l’identification et l’exploitation de bases de données de mesures de la contamination environnementale.

Premier axe méthodologique

Une campagne de mesures localisées est réalisée afin d’estimer la qualité de l’air sur 303 sites répartis au sein de six zones sélectionnées selon les résultats du projet CISTERRES (3 zones de forte vulnérabilité : LILLE, VALENCIENNES et DOUAI ; 3 zones de faible vulnérabilité : CYSOING, AGNY et CINQUEUX). La fréquence et le recouvrement de chaque espèce lichénique observée constitueront la base de calculs de différents indicateurs (recouvrement moyen, diversité spécifique, IBLE, eutrophisation du milieu) permettant de caractériser les conditions environnementales (NF EN 16413, 2014) pour chaque site.

Deuxième axe méthodologique

En parallèle, de nouvelles données spatialisées disponibles à l’échelle communale pour la région des Hauts-de-France sont inventoriées. Ces informations, issues de bases accessibles en Open Data, rendent compte de la qualité et/ou de l’état écologique des milieux environnementaux (air, eau et sols) en considérant les émissions de polluants, les sources de nuisances, les risques et aléas naturels de la région.

63 bases de données ont pu être inventoriées, dont 20 considérées après une première étape de sélection consistant en la validation de l’inclusion de chaque variable sur la base de critères objectifs suivants :

  • Une donnée porteuse d’une information indépendante,
  • Une exhaustivité et une disponibilité sur le périmètre régional,
  • Une donnée disponible à l’échelle spatiale étudiée (communale),
  • Une donnée adaptée au contexte territorial,
  • Une donnée fiable et suivie par le producteur,
  • Une donnée récente.

Les critères d’exclusion utilisés, reprenant ceux les plus souvent cités dans la littérature scientifique, identifient :

  • Une donnée décrivant des comportements individuels,
  • Une donnée sans lien avec les problématiques de santé-environnement.

L’analyse cartographique et statistique de chaque variable ainsi collectée est effectuée avant de les intégrer aux indices de résilience et vulnérabilité. Cet apport de données permettra d’améliorer la représentation de ces indices au profit d’une meilleure caractérisation des IESS.

 

 

Perspectives méthodologiques

En complément de l’ensemble des données récoltées (biosurveillance lichénique et bases de données environnementales), une campagne de prélèvements d’échantillons de lichens sera réalisée afin de retracer la bioaccumulation des contaminants dans les lichens exposés directement à l’air, selon la norme NF X43-904 (2013). Le lichen Xanthoria parietina, ubiquitaire et abondant dans la région des Hauts-de-France, sera prélevé sur chacun des sites où le relevé du recouvrement lichénique a été opéré. Des prélèvements de sols seront effectués à proximité des arbres sur lesquels les lichens auront été échantillonnés, afin d’évaluer la contamination présente. Ces analyses permettront d’évaluer l’imprégnation de l’environnement (sol/air) de chaque zone à moyen/long terme par les contaminants environnementaux.

 

Les attendus du projet


L’apport de nouvelles données fiables dans les indices de résilience et vulnérabilité permettra d’améliorer l’identification de zones regroupant et distinguant les communes vulnérables de celles peu vulnérables, ainsi que de caractériser les conditions environnementales au sein de ces zones.

D’un point de vue méthodologique, la sensibilité des indices à l’apport de données environnementales initialement peu représentées sera évaluée. A plus long terme, cette démarche de caractérisation des IESS pourrait contribuer à l’élaboration de stratégies et de perspectives d’actions au plus près et avec la population. Enfin, cela a également pour vocation de contribuer à l’établissement de recommandations et à l’élaboration d’outils d’aide à la décision publique, afin de faire évoluer les comportements individuels et collectifs.

 

Résultats du projet à suivre…

 

Références bibliographiques


Brousmiche, D., Occelli, F., Genin, M., Cuny, D., Deram, A., Lanier, C. Spatialized composite indices to evaluate environmental health inequalities: Meeting the challenge of selecting relevant variables. Ecological Indicators,111, 2020a.

Brousmiche, D., Genin, M., Occelli, F., Frank, L., Deram, A., Cuny, D., Lanier, C. How can we analyze environmental health resilience and vulnerability? A joint analysis with composite indices applied to the north of France. Science of the Total Environment, In Press, 2020b.

Crosemarie, P. Inégalités environnementales et sociales : identifier les urgences, créer des dynamiques. L’avis rendu par le Conseil économique, social et environnemental (CESE). Annales des Mines – Responsabilité et Environnement, 79(3), 2015.

Miguel, V., Lamas, S., Espinosa-Diez, C. Role of non-coding-RNAs in response to environmental stressors and consequences on human health. Redox Biology, 2213-2317, 2020.

Norme CEN NF-EN-16413 : Biosurveillance à l’aide de lichens : évaluation de la diversité de lichens épiphytes. Comité Européen de Normalisation, 2014.

Schüle, S.A., Hilz, L.K., Dreger, S., Bolte, G. Social Inequalities in Environmental Resources of Green and Blue Spaces: A Review of Evidence in the WHO European Region. International Journal of Environmental Research and Public Health, 16(7), 1216, 2019.